Un des buts de l'enseignant de l'histoire au secondaire est d'inculquer une conscience citoyenne à ses élèves. C'est bien beau tout ça, mais qu'est-ce que cela peut bien dire ? Et comment le faire ? En fait, on peut se demander jusqu'où nous pouvons aller en classe pour leur apprendre ce comportement sans trop guider l'activité, qui serait alors vide de sens, et sans trop favoriser un type d'action citoyennes désignées comme étant favorable. Le texte de Éthier et Lefrançois (2009) est un texte très utile pour étudier la question. On y parle entre autres des trois types de compétences du programme, mais ce qui a plus retenu mon attention est les trois types de citoyens que l'on voudrait développer à l'école. Ce sont les citoyens responsables, impliqués et orientés vers la justice, soit du moins au plus impliqué. Le but en fait est de former le plus possibles d'élèves pour qu'ils puissent par eux-mêmes devenir des citoyens orientés vers la justice, car cinq ans est trop peu pour y arriver pour tous.
Fort de nos lectures sur les types de citoyens, nous avons pu participer au débat important qui a été tenu en classe durant le cours du 29 octobre. Une dame communiste et un jeune homme de la même philosophie sont venus nous présenter le cas cubain et l'importance pour eux d'une éducation différente. En résumé, ils nous ont exposé que Cuba était un modèle à suivre, car ils ont réussi à alphabétiser l'ensemble de leur population en un cours laps de temps et que notre système éducatif, qui était à revoir au même titre que notre type de société, était en fait un vecteur de reproduction de la relation dominant/dominé du capitalisme.
Nous avons vécu un choc d'idées assez important lors de cette présentation en classe. Je crois avoir été dérangée tout d'abord parce que cela ne correspond pas à mes idées par rapport à l'enseignement, mais aussi parce que nous avions devant nous quelqu'un qui prônait presque sans nuances une philosophie qui va à l'encontre de ce que j'ai vécu. Je ne veux pas dire ici que je déprécie ses idées parce qu'elles vont à l'encontre des miennes, mais bien qu'il a été déstabilisant de vivre une telle conversation.
Ce que je n'ai pas apprécié de cette rencontre est l'impression que j'ai eue: un bloc monolithique d'idée émanant de cette femme. Je n'ai particulièrement pas aimé le fait qu'elle considère l'école et la société comme un tout indissociable, dont une partie ne peut avoir d'influence sur l'autre. Je me rappelle qu'elle disait qu'il était impossible de réformer l'école sans modifier le monde dans lequel on vit. Or, je ne suis pas du même avis : selon moi, si l'on veut opérer un changement dans le monde, cela prend un point de départ et l'école en est un très valable. À force d'enseigner quelque chose de différent, on verra des changements dans notre société. Et je crois même que cela est déjà en train de se produire: pensons au printemps que nous venons de vivre. J'ai aussi été dérangée par la critique qu'elle faisait de l'école, c'est-à-dire une institution et un programme au service du capitalisme. En même temps, elle parlait de l'éducation cubaine comme étant un modèle, car en accord avec le communisme. Bref, faites ce que je pense, pas ce que je fais.
Bref, j'ai trouvé que dans cette rencontre, il était dur d'argumenter et de se faire une opinion propre à nous, mais enrichie des siennes: l'interlocutrice est si peu ouverte à la discussion. En plein ce que l'on ne veut pas faire pour développer notre troisième niveau de citoyens. Cette rencontre m'a beaucoup fait réfléchir, et le fait encore, et je crois que pour cela je peux dire que le troisième citoyen en moi s'éveille.
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